Il m'avait pourtant dit que j'étais mignonne

Il faisait encore jour il y a quelques minutes. Assise en tailleur sur mon lit, j’ai vu le soleil tirer sa révérence. J’ai des fourmis dans le pied droit. Un début. Et mon téléphone endormi sur la table ne sonne toujours pas. Il ne bouge pas. Moi non plus. Il est mort, moi aussi. J’imagine qu’au moindre son, il m’arrachera un sourire. J’imagine qu’à sa prochaine manifestation, je lèverai de là mon gros cul.

Je n’ai pas faim, je refuse de dîner.
J’ignore depuis combien de temps je suis ici à guetter. Tout le week-end, peut-être. Le pire n’est pas d’attendre. C’est d’apprendre à attendre.
Je progresse. On s’occupe vite dans son lit à attendre qu’un garçon rappelle.

Barbu. Plutôt barbu. De ce que j’en voyais dans la pénombre du bar. On a échangé quelques mots autour de nos bières. Il avait de la mousse au bord des lèvres et un scooter pour me ramener. Derrière lui, j’étais un peu remuée. Trop d’alcool. On s’est alors arrêté un peu avant chez moi. Il m’a rassurée et il m’a embrassée, avant de me trâiner un peu plus loin. Bien planqués, nous avons fait l’amour sur un coin d’herbe. C’était humide et mes cheveux sentent encore la terre.

Je suis rentrée à pied en me répétant son numéro de téléphone pour ne pas l’oublier. Le lendemain matin, je lui ai envoyé un truc. Il m’a proposé d’aller manger un morceau le soir-même. J’ai une haine plutôt prononcée pour les gens qui mangent des morceaux. Peu importe, j’ai accepté. Nous avons passé un bon moment.
J’ai appris son prénom. Julien. J’ai donc mangé un morceau avec Julien.
Nous avons ensuite pris quelques verres, pris le scooter, pris son escalier, pris une capote, pris notre pied dans sa piaule.
Depuis, c’est le vide.

Il fait le mort là. Plus personne. Plus de nouvelles. J’ai bien essayé d’appeler.
Je veux bien aller manger des morceaux moi. Mais son silence me coupe l’appétit. En attendant, je bois des litres de café, je me fais palpiter le cœur. Il faut bien que quelqu’un s’en charge.

Depuis quand largue-t-on par silence. En même temps, comment larguer quelqu’un avec qui on n’a rien vécu. J’ai été quoi, un dernier verre, une distraction, une fin de soirée champêtre.

Elle est belle la distraction. Elle s’emmerde depuis des jours chez elle. Elle se regarde, elle se trouve moche. Elle a fait quoi ? Pour qu’on l’oublie ? Elle avait l’air bête ? Peut-être sale ?

Un mec qui ne rappelle pas n’est pas intéressé, c’est Mona qui dit toujours ça. Alors tant pis.

Je n’ai plus de force. Point de non-retour. Alors doucement je prends mon téléphone, alors doucement je me lève. Et tranquillement en approchant la fenêtre, je le jette sur la terrasse, je le vois se décomposer, s’éventrer. Au moins, maintenant, je saurai pourquoi on ne me rappelle pas. Il faudra juste expliquer à papa pourquoi j’ai pété son téléphone en mille morceaux, mais depuis le temps que je lui répète qu’à seize ans je pourrais bien en avoir un quoi.

Caroline Michel

6 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *