Bordel

Je suis née moche, trois kilos, maladroite et bordélique. Je pense être sortie du ventre de ma mère à l’envers et le tee-shirt tacheté de café.
Petite, j’adorais les papiers. Je n’aimais pas faire des tas, j’aimais les étaler sur le sol. J’en foutais partout, j’en collais aussi au mur. Mes parents pensaient que ça laissait présager une vocation dans le secrétariat ou les PPT. Que dalle, ça signifiait simplement que j’avais le bordel dans l’âme.
Quand je terminais un livre, je le rangeais par terre. Quand je retirais mes chaussettes, je les mettais au sale sous le lit. Quand j’utilisais un mouchoir, je le jetais à la poubelle sur mon bureau.
Mes parents me demandaient régulièrement de ranger ma chambre. Je refusais prétextant qu’il était hors de question d’accomplir une telle mission pour « des gens ». Que j’étais d’accord pour mettre de l’ordre mais seulement pour moi.  Qu’est-ce que j’aimerais encore penser comme ça à presque trente ans.
Avec le temps, j’ai appris à ranger mais j’ai encore une définition assez floue d’un appartement bien en ordre. Je ne vois pas le problème avec les piles de livres qui jonchent au sol et la vaisselle qu’on ne fait pas immédiatement après le repas. Un pot de crème hydratante posé sur l’imprimante, c’est comme un poivrier dans le salon, c’est plein de vie.
Parce que comme tous les gens désorganisés, je clame haut et fort que je m’y retrouve dans ce joyeux bordel. Je sais que la télécommande est dans le frigo et mon écharpe dans les toilettes. Je ne vois pas le problème, c’est toujours mieux qu’une écharpe dans le frigo et une télécommande dans les toilettes.
Evidemment, je suis aussi maladroite. Je fuis les verres de vin quand il s’agit de les laver, pas de les boire, je fais toujours tomber mes mille gels douche quand je me lave, je me brûle quand je sors quelque chose du four, je perds les post-it sur lesquels j’ai noté des choses importantes et je marche souvent sur les pieds des gens quand je leur fais la bise.
Je vis très bien mais à chaque fois que je fais un bain de bouche, j’ai peur de l’avaler comme par réflexe. Je me dis qu’un jour, je serai peut-être victime d’une mort bien con à cause de tout ça.
Pourtant, je suis une fille ponctuelle, je n’ai jamais perdu mes clés, je paie mes impôts à temps même si c’est la veille, je sais qu’il traine une pile neuve dans un pot lui-même dans un pot dans la cuisine, je prends ma pilule à heure fixe, je n’ai que trois chaussettes orphelines et je n’ai pas oublié le mot de passe de mon blog même si je vous écris un peu moins en ce moment.
C’était donc un billet d’excuses un peu maladroit.

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