Ma mère, le sexe et moi

Un jour récent, on a dû parler d’épilation de foufoune et j’ai trouvé que c’était notre conversation la plus cul qui soit. On ne parle jamais de sexe avec ma mère, d’ailleurs je ne crois pas l’avoir entendu prononcer une fois le mot sexe.
Il me semble pourtant qu’elle sait ce que c’est mais je n’ai jamais osé lui demander. C’est ma mère.
Quand on était gamines, avec ma frangine, plantées à l’arrière de la bagnole, on pouffait comme des baleines quand, les yeux plantés dans le rétroviseur et les mains crispées sur le volant, elle entreprenait un créneau en disant « Il faut que je fasse attention à la bite ».
Elle était tellement sérieuse qu’on ne savait plus si bite était un mot de cour de récré, un peu comme couilles et connasse, ou un réel petit poteau au coin de la rue.
Devant la télé, en famille, on l’entendait parfois dire à mon père de changer de chaîne « parce que là quand même », alors il s’exécutait. C’était un peu notre façon de parler cul tous ensemble.
Ma mère est du genre à dire à table que la sauce de mon oncle est très bonne, en piquant dans sa paupiette. On sourit entre nous, elle sourit sans trop comprendre. Quelques minutes plus tard, mon frère lui fait un dessin, tout s’éclaire et elle nous trouve très vifs d’esprit.
Ma mère est sage-femme. Je me dis que dans le monde des sages-femmes, le sexe n’est peut-être que poésie parce qu’il rime avec gestation et mise en monde
Alors voilà, si on ne parle jamais de cul, son métier et le mien parfois nous y entraînent. Il y a peu de temps, on discutait périnée et plaisir sexuel pour un de mes sujets.
Elle m’explique alors certaines choses, en faisant toujours très attention à ses mots. Puis vint le moment où je crois comprendre qu’elle essaie de dire « éjaculation ».
« Tu sais quand l’homme il… bah il… quand l’homme il… ».
Sa voix cherchait. Heureusement qu’on était au téléphone, je l’imaginais très bien mimer quelques gestes pour me faire lire dans ses pensées.
Soudainement, elle trouva le bon mot, la bonne métaphore, l’expression parfaite. Elle reprit sa phrase, si fière et hautement soulagée de ne pas avoir à dire l’indicible : « Tu sais quand l’homme il… bah il… enfin il CRACHE quoi Caro. »
Le jour où ma mère a parlé comme dans un porno en pensant faire une métaphore du pays des merveilles.

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