Rentrer

Je vois vos mines déconfites sur vos derniers clichés Instagram. Vous commentez d’un hashtag qui signe la fin des vacances, du soleil, d’un hashtag qui signe la rentrée, le retour à Paris, le quotidien et la grisaille. Je vous retrouve en terrasse, vous dites « combien c’était super », une paille à la bouche qui vous rappelle la Grèce, le sud ou la Bretagne. Vos yeux observent les alentours, comme pour s’habituer à nouveau, avant de conclure que rien n’a changé. C’est parti pour une année de boulot. Peut-être une escapade à l’automne, la Normandie suffira. Peut-être la belle-famille à Noël et un projet de ski pour février.
J’aimerais prendre vos visages, dessiner vos sourires, vous dire combien c’est joli de rentrer. J’aime rentrer. J’aime fermer ma valise, elle qui sent un peu la crème la solaire, le sable et les souvenirs. J’aime que Paris soit inscrit sur les panneaux, à l’aéroport, dans les gares, je décortique ces cinq lettres qui me rappellent à quel point j’aime ma ville et j’en suis fière. Assise sur mes bagages, je rêve de cette destination comme d’une nouvelle. Paris est un mot qui me plaît.
Les matins de septembre ont une odeur particulière. Les matins de septembre réconcilient avec la vie, quand le soleil est bas, parfois plus timide. La rentrée sent le cahier neuf. La rentrée sent les bonnes résolutions, de celles qu’on n’a pas tenues en janvier. Septembre est un peu une seconde chance. Un agenda vide qui ne demande qu’à nous combler.
Rentrer chez soi, c’est retrouver l’odeur de sa lessive, ses petits rituels, le goût de son café, sa boulangerie et son internet qui déconne. Se promettre de tout faire un peu plus lentement, de garder avec soi ce qu’on ramène de nos vacances. On retrouve nos habitudes dans le noir, aller aux toilettes en pleine nuit sans être obligé d’allumer la lumière. Pourtant, on se surprendra à taper dans le mur derrière soi au réveil, réflexe de la chambre d’hôtel qui a été un peu de chez nous pendant trois semaines.
Rentrer, c’est fixer de nouveaux rendez-vous, entendre que les uns et les autres sont sur le retour. Alors on note nos prochains verres et très vite, on regagne notre rythme, on se raconte quelques anecdotes, on soupire en parlant du boulot mais au fond, on aime ça. Les visages qui nous rassurent, le matin à la machine à la café, les courses chez Monoprix, arriver toujours avant la fermeture, se demander quoi bouffer, trouver que le temps passe vite, lui qui s’était arrêté début août.
C’est vrai, pourquoi les choses ont-elles une fin ? Je n’aime pas les fins de livre, les fins de journée, les fins de vie, les fins d’histoire. Je n’aime pas les points, le temps qui passe. Je n’aime pas non plus les débuts, je n’aime pas monter les escaliers, je préfère les chaussures faites aux pieds, le confort du quotidien, l’oreiller bien formé, les chansons quand on les connaît presque par cœur. Rentrer, ce n’est pas une fin, non plus un début. C’est juste un début en mieux, c’est repartir, c’est retrouver, recommencer. C’est apprécier chaque morceau du puzzle, même ceux dont on ignore encore la place. Peut-être fallait-il partir pour comprendre que nous sommes bien là où nous sommes. Si partir fait tant de bien, c’est sûrement de revenir.
Et moi qui n’aime pas partir, je le fais juste pour ça : pour que septembre ait le goût intact que je lui connais et que je vous souhaite de connaître.
Bonnes rentrées.

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